"Transformer notre tissu productif pour créer les activités et les emplois de demain"

"Transformer notre tissu productif pour créer les activités et les emplois de demain"

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Ministre déléguée chargée de l’Industrie, Agnès Pannier- Runacher détaille pour Partenaires Savoie les objectifs et les enjeux industriels du plan présenté par le gouvernement le 3 septembre.

Quels adjectifs employez-vous le plus souvent pour définir le plan « France Relance » ?


Inédit et ambitieux. Inédit, car c’est un effort de 100 milliards d’euros pour la relance de notre pays. Sur ces 100 milliards, nous en décaisserons 30 % dès 2021. C’est très rapide et c’est nécessaire pour notre économie. Inédit aussi, car ce plan est le fruit d’un accord entre tous les pays européens, accord qui crée une solidarité nouvelle : 40 des 100 milliards mobilisés pour France Relance viendront de l’Union européenne.

Ce plan est ambitieux, parce qu’il vise à transformer notre tissu productif pour créer les activités et les emplois de demain. Nous avons trois ambitions. Tout d’abord, la décarbonation de notre économie, axe majeur sur lequel nous sommes pleinement engagés avec Bruno Le Maire et Barbara Pompili, et pour lequel nous accélérons les investissements pour les particuliers et les entreprises. Ensuite, la modernisation, la résilience et la compétitivité de notre économie, en créant des emplois par l’innovation et la localisation de productions dans les territoires. Enfin, la cohésion. Nous allons notamment investir massivement dans la formation et dans la jeunesse en privilégiant les territoires isolés. Le capital humain est la première richesse de notre pays.


Comment seront répartis les 35 milliards en faveur de l’industrie d’ici 2022 ?


Notre objectif est de muscler notre industrie pour produire mieux et davantage en France. Pour y parvenir, nos efforts d’accompagnement seront orientés sur quatre grands axes.

Le premier axe, c’est la transition environnementale. Le plan de relance mobilise 1,2 milliard d’euros d’ici à 2022 pour accélérer la décarbonation dans l’industrie. Ce soutien passe par deux appels à projets ambitieux ; un sur l’investissement dans des procédés industriels moins émetteurs de CO2, l’autre sur l’accès à une chaleur décarbonée pour les industriels. Par effet de levier, cela devrait se traduire par 5 à 10 milliards d’investissements productifs dans nos entreprises, c’est massif !

Le deuxième axe, c’est la localisation de l’activité dans nos territoires. Pour renforcer notre compétitivité, nous allons baisser les impôts de production de 10 milliards d’euros dès le 1er janvier 2021. 37 % de cette baisse bénéficiera à l’industrie, grâce notamment à une division par deux de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE). Avec les régions et les acteurs territoriaux, nous allons aussi soutenir des projets de localisation et de relocalisation d’activités industrielles par le biais d’appels à projets aux niveaux national et territorial, grâce à une enveloppe totale d’un milliard d’euros dédiée au soutien public de ces projets.

Troisième axe, la modernisation de notre appareil productif. Si nous voulons améliorer la compétitivité des entreprises françaises, nous devons leur faire passer le cap de l’industrie 4.0. Ce n’est pas une option, quand on sait qu’elle peut apporter jusqu'à 30 % de gains de compétitivité ! C’est pourquoi notre plan prévoit 900 millions d’euros d’aides d’Etat pour la modernisation des PME et ETI dans les filières industrielles les plus touchées, comme l’aéronautique et l’automobile, et 320 millions d’euros pour la digitalisation de la production.

Quatrième ambition, investir dans l’innovation. Parce qu’innover, c’est préparer l’avenir. Et c’est le rôle de l’Etat que de soutenir massivement l’innovation dans des moments où les industries peuvent être tentées de réduire leurs dépenses pour parer au plus pressé. Ce serait pourtant une erreur qui empêcherait le rebond. Avec 20 milliards d’euros sur les cinq prochaines années, le quatrième programme d’investissements d’avenir (PIA4) aura pour objectif de développer des technologies clés en matière de santé, d’énergie et de numérique, tout en continuant à soutenir l’innovation au plus près du terrain. La stratégie hydrogène pour laquelle nous venons de lancer deux appels à projets en est un bon exemple.


Quelles sont les clés pour réussir le pari de la localisation ou de la relocalisation de la production ?


La crise nous montre qu’une telle politique est possible et nécessaire. Mais ne sous-estimons pas les difficultés. Il ne s’agit pas de tout produire

en France ou en Europe. Il s’agit d’identifier les secteurs sur lesquels nous devons assurer notre résilience, et de faciliter la mise en œuvre des projets qui remontent des territoires. Cette action de moyen-long terme, nous l’avons engagée dès le début du quinquennat avec la politique de reconquête industrielle voulue par le président de la République ; elle a permis d’inverser la vapeur avec la création d’emplois industriels nets en 2017, 2018 et 2019, alors que nous avons perdu un total d’un million d’emplois industriels avec un solde négatif annuel de 2000 à 2016. Si je prends les industries de santé, nous avons mis en place un appel à manifestation d'intérêt doté de 120 millions d'euros pour identifier les projets d'investissement pour la production de médicaments et pour permettre la relocalisation de production de principes actifs. C’est la même logique qui sera à l’œuvre dans tous les autres secteurs de notre industrie.

Pour que ces relocalisations ou localisations de productions soient pérennes, cela suppose une coordination des acteurs économiques, des opérateurs de l’Etat, des décideurs publics en France et surtout en Europe, afin de réussir. Les acteurs locaux, les régions et les chambres de commerce et d’industrie ont un rôle important à jouer en lien avec l’Etat sur le terrain. Concernant l’Europe, il y a eu un déclic, c’est indéniable. Avec l’Airbus de la batterie électrique, les 27 se sont mis d’accord, grâce à l’impulsion de la France et de l’Allemagne, sur un projet industriel européen ambitieux. Il faut maintenant poursuivre sur cette voie, sur laquelle la France joue un rôle moteur, notamment grâce à la détermination de Bruno Le Maire.


Vous en appelez, pour l’achat des masques par exemple, à une solidarité des entreprises avec les producteurs français. Pourquoi ?


Nous avons réussi en quelques mois à créer une filière du masque en France. Il y a quelques semaines j’étais en Haute-Savoie, chez Savoy International, une ETI qui a réorienté son activité pour lancer une production industrielle de masques, depuis la matière première filtrante (le meltblown) jusqu’à la confection des masques

Agnès Pannier-Runacher.

FFP2 ou chirurgicaux. C’est impressionnant ! Et il y a toute la filière du masque tissu à filtration garantie qui est née grâce à l’initiative et à la mobilisation des acteurs du secteur textile. Si nous voulons que ces initiatives soient pérennes, et c’est nécessaire pour notre pays, il est indispensable que les entreprises françaises privilégient chaque fois que cela est possible le « fabriqué en France ». C’est aussi ce que nous montre cette crise : nous devons être plus solidaires, jouer davantage collectif et nous donner les moyens de créer des écosystèmes générateurs d’emplois pérennes. Cela va au-delà des masques, c’est un principe qui doit irriguer toute notre industrie. C’est pourquoi, dans le plan de relance, nous veillerons à la solidarité au sein des filières avec des chartes d’engagement, comme celle signée dans l’aéronautique. Cette solidarité, elle doit se situer entre donneurs d’ordres et sous-traitants, qui doivent favoriser les achats responsables. Et l’Etat prendra sa part, puisque nous utiliserons autant que possible la commande publique comme levier de soutien de notre économie. C’est le sens, par exemple, des relèvements des seuils de marchés publics sans formalité récemment adoptés au Parlement.


Ce plan suffira-t-il pour que la France comble son retard sur ses grands voisins ?


Plutôt que de combler nos retards, je dirais que le plan nous permettra de confirmer que la France redevient une grande nation industrielle. Ce plan s’inscrit en effet à la suite d’une politique ambitieuse que nous menons depuis le début du quinquennat. Nous avons structuré nationalement

notre industrie autour de 18 comités stratégiques de filière, et territorialement avec 148 Territoires d’industries. Tous les acteurs, élus et industriels, sont actuellement sur le pont et j’observe beaucoup de détermination et d’énergie positive pour porter les projets et assurer la relance. J’ajoute à cela que nous devons aussi capitaliser sur la French Fab, dont nous avons fait une véritable marque, et nos acquis à l’international, où la France est aujourd’hui perçue comme beaucoup plus attractive et solide qu’il y a dix ans. En 2018 et 2019, la France s’est ainsi hissée sur la première place du podium européen pour les investissements étrangers dans l’industrie. En France, 330 projets industriels ont ainsi été recensés en 2019, contre 150 en Allemagne.


Votre ministère a mobilisé le réseau des CCI pour contacter les entreprises industrielles et les informer sur le contenu du plan de relance. Pourquoi les CCI ?


Les CCI sont des acteurs de terrain et des relais de première importance auprès des entreprises de toutes les tailles. Elles ont accompagné les entreprises, notamment les plus en difficulté, pendant la période du confinement. Dans le même esprit, je leur ai spécifiquement demandé d’appeler individuellement toutes les PME industrielles pour leur présenter le plan de relance. C’est une approche inédite et elle fonctionne ! J’ai pu mesurer le professionnalisme des équipes lors d’un déplacement à la CCI Haute-Savoie à Annecy au mois d’octobre. Cette mobilisation pour la relance, elle doit être totale et pour tous. C’est ce que vous faites en mutualisant vos efforts avec les CMA. Il faut poursuivre sur cette voie, tant les parallélismes et les sujets de coopération sont nombreux, notamment avec des opérations de communication communes, en faveur de l’artisanat, du commerce de proximité et des petites et moyennes entreprises.

 

Comment allez-vous adapter les dispositifs pour qu’ils soient plus facilement accessibles aux plus petites entreprises industrielles ?


Certains des dispositifs dont j’ai parlé sont spécifiquement dédiés aux PME et ETI industrielles. Par exemple, nous avons mis en place une aide au conseil avec un financement de 10 000 diagnostics numériques d’ici fin 2022 pour aider les petites entreprises industrielles à prendre à bras le corps ce défi. Nous avons aussi prévu une subvention de 40 % de l’investissement pour les équipements les plus modernes des TPE, PME et ETI industrielles. Afin que toutes les entreprises industrielles puissent se saisir efficacement du plan de relance, j’ai demandé à la Direction générale des entreprises de publier un guide pour savoir à quels dispositifs chacune d’elles peut prétendre et comment y accéder facilement. J’ai demandé à tous les services du ministère, en administration centrale comme territoriale, d’être à leur écoute et d’aller au-devant des problèmes.


Que répondez-vous à ceux qui pensent que les dossiers à remplir pour obtenir ces aides sont trop lourds, trop complexes ?


Ce n’est pas aux entreprises de gérer la complexité des processus administratifs, les chefs d’entreprises ont mieux à faire ! Avec Bruno Le Maire et Alain Griset, nous avons demandé aux services de Bercy de passer en revue tous les processus d’obtention des aides, de la connexion au site internet, au dossier à remplir, afin de réduire autant que possible le nombre de clics nécessaires !

Si je prends les dispositifs d’urgence débloqués en mars 2020, nous avons dû les déployer en des temps record et les services ont dû faire face à un afflux inédit de demandes. Au début, il y a eu quelques difficultés, mais avec le recul et la pratique nous avons su nous adapter, et aujourd’hui ce sont par exemple plus de 120 milliards d’euros de prêts garantis qui ont été attribués. Pour le plan de relance, ce sera la même chose : nous travaillons à rendre cela le plus simple possible et nous allons y arriver. L’esprit du plan de relance, comme de toutes les mesures que nous avons prises depuis le début de la crise, c’est qu’il soit accessible. Ces 100 milliards d’euros, ils sont là pour être utilisés.


Article issu du Partenaire Savoie n°150 de décembre 2020

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